PeintureSérie en cours

Nathalie Rainereau rencontre Sakountala

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Il était une fois un poète hindou Kalidasa, une sculptrice renommée, Camille Claudel, et une artiste peintre persévérante et appliquée, Nathalie Rainereau. Imaginez donc cette rencontre entre trois arts différents : la plume, le burin et le pinceau. C’est en tout cas cette voie que Nathalie Rainereau a décidé de suivre pour la deuxième partie de sa série en cours, série inspirée des œuvres de Camille Claudel.

À l’origine, un poème hindou du IVe siècle après Jésus-Christ

Tel un conte folklorique classique, le prince Dushanta rencontre, au cours d’une promenade en forêt, une jolie jeune femme nommée Shakuntala. Après une nuit d’amours et de promesses, ils sont malheureusement séparés par un mauvais sort. Le prince ne se souviendra plus de la belle durant des années, même après avoir conçu son propre enfant. Ce sont les dieux, sous support mythique, qui guideront sur un char cosmique le prince jusqu’au Nirvana où sa promise et son enfant l’attendent. Les retrouvailles sont intenses lorsque le prince retrouve la mémoire, et c’est cette scène que Camille Claudel décide en 1888 de figer dans la pierre. Par la suite, ces deux amants, se retrouvant après des années d’absence et d’oubli, continueront d’inspirer les œuvres de l’artiste, devenant tour à tour sujets des sculptures aux nombreuses appellations : Sakountala, Vertume et Pomone ou encore L’Abandon.

« Je n’existe pas quand je peins » ou le travail consciencieux de Nathalie Rainereau

Si Nathalie Rainereau a décidé de prendre pour sujet d’inspiration cette belle œuvre de Camille Claudel, Sakountala, c’est bien plus par hommage pour le célèbre sculpteur que par désir de dessiner des corps. Comment ne pas s’émouvoir devant cette belle embrassade, le prince tombé à genoux devant sa promise qu’il avait oublié durant de si longues années ? Il faut dire que le travail de Camille Claudel est remarquable, qu’il s’agisse de la posture des personnages, de leurs corps enlacés ou bien encore de leurs expressions. Celui de Nathalie Rainereau l’est aussi, puisque c’est tout un travail en amont qui a débuté cette nouvelle série : étude du poème et de la sculpture, visite du nouveau musée sur Camille Claudel à Nogent-sur-Seine, adaptation du 3D en 2D, enfin, composition de sa palette de couleurs. De cette manière, Nathalie Rainereau peut dessiner et peindre sans confondre matières et émotions personnelles ; c’est avec un « état d’esprit apaisé » qu’elle crée sa propre Sakountala, délaissant son autre titre L’Abandon.

Entre séparation et fusion

Le choix des couleurs de Nathalie Rainereau pour une telle œuvre est assez surprenant puisqu’elle a statué sur une palette tricolore : l’orange vif, le noir et le prune foncé. Si l’on entraperçoit les contours des deux corps tracés à la mine de plomb, c’est surtout le mélange de couleurs qui capte et désarçonne en même temps le regard. Les corps sont fondus dans un tout, réunion de sentiments et de couleurs opposées. L’utilisation de l’eau comme conductrice de peinture renforce cet effet des plus fantastiques où les individualités semblent réunies, les opposés annihilés et le temps suspendu.

De belles œuvres en perspectives à voir en premier temps avec le cœur, en deuxième temps avec le regard aiguisé pour apprécier toutes les subtilités de ce travail. À noter le 5ème tableau de cette composition. Tout comme Camille Claudel avait réalisé un focus sur le visage de Sakuntala dans son œuvre Le Psaume, Nathalie Rainereau a voulu, elle aussi, se concentrer sur les deux visages seulement délimités par le tracé en mine de plomb. La couleur noire ayant envahi toute la « toile » et l’orange ayant disparu, seules quelques gouttes de prune foncé rappellent la séparation des deux amants.

Anne-Lise Bégué